« Les gendarmes et les voleurs de temps. | Page d'accueil | Marathon de fin d'année 2007 »

15.07.2007

L'hommage des coureurs.

Ils sont venus de partout, de très loin, à pied, en vélo, en voiture.
Les voilà bientôt réunis dans ce petit village d'Agonac posé au milieu de la campagne.

En cette matinée d'été l'odeur du blé coupé dégage une tranquillité apaisante.
Tout doucement le village se réveille et s'anime au fur et à mesure de l'arrivée des coureurs.

Maintenant qu'ils sont là, certains trottinent, quelques un s'aspergent d'eau, d'autres s'échauffent en accélérant
brutalement sur quelques centaines de mètre.

Ils ont tous collés des numéros sur leur maillot...comme s'il faisait parti du même et grande famille.

On les sent heureux et joyeux d'être tout simplement présent avant l'épreuve, quelques nouveaux sont inquiet,
vite rassurés par cette ambiance bonne enfant.

Les salutations, conversations s'engagent brièvement avant l'appel des coureurs sur la ligne de départ.

Tout à l'heure dispersé dans les ruelles alentours, les voilà maintenant réunis derrière un ruban invisible.

Progressivement les 232 voies se taisent, minute de silence en hommage à Mike Bishop marathonien décédé
dramatiquement happé par les pieds dans une machine agricole.

Le contraste de cette tragédie est d'autant plus saisissante vue l'ambiance et le climat dans lesquelles les
coureurs sont immergés.

Un coup de feu...il sort de ses pensées instinctivement, il déclenche son chronomètre...

Il court, au milieu des autres, il ne les voit plus, il court, il court pour lui.
Il entend les piétinements des chaussures sur le goudron, il court pour se détacher de cette foule...
Il court pour se sentir seul et libre.

2d0171bb323c83a159d0c5dc270f1969.jpg

Une première côte est avalée sereinement, il court maintenant dans un de ces petits groupes qui c'est formé
naturellement...

Il transpire, il attrape un gobelet d'eau fraiche...s'asperge la tête.

Il n'est pas seul, il écoute le souffle des coureurs, le rythme de leurs foulées,
Il guette l'instant ou il pourra opportunément accélérer et distancer les concurrents...

Maintenant que l'horizon est dégagé, il contemple devant lui une longue file de coureurs qui s'effiloche...

Le voilà seul, détaché de ce petit groupe qui c'est disloqué.

Il se concentre sur lui même, sur sa respiration, ses poumons sont en osmose avec l'air ambiant,
malgré la chaleur et l'effort déjà fournie il se sent bien...
Il a la sensation d'un esprit détaché de ce corps en plein effort...

Il voudrait que la course ne s'arrête jamais.

Le chiffre 5, est inscrit sur le goudron, il regarde machinalement sa montre...22'15"..

Il sait qu'il à déjà réussi la première moitié de son parcours, maintenant le voilà qu'il se questionne sur
sa deuxième partie de course.

A ce moment un grand gaillard le dépasse...il décide de s'accrocher à sa foulée...il dépasse...
le gaillard repasse devant lui...

Ils se dépasseront mutuellement une quinzaine de fois sur 2000 mètres, la lutte est serré, l'adversaire est fort,
la course a basculée dans une autre dimension...moins sereine, plus tendue, plus nerveuse.

Il prend des éponges, la grand gaillard est maintenant 200 mètres devant lui...

Il ne pourra plus le rattrapé...il le sait...peu importe...kilomètres 7, il regarde à nouveau son chrono...30'35"...

Maintenant il sent l'air frais ondulant sur son corps...il s'éponge...plus que deux côtes...

Puis la dernière descente encore 800 mètre, pour la première fois depuis le début de la course,
il tourne brièvement la tête, il perçoit l'ombre d'un coureur à environ 30 mètres derrière lui...

Alors il se met a accélérer, à courir, à courir...courir après le temps, après son temps...

0aeb4b9ac5723d002d9e4e69503211e2.jpg


L'arrivée apparait à ses yeux, il entend des encouragements...des clameurs...il comprend 43'57", c'est fini.

Non, non...voilà le grand gaillard qui s'approche à nouveau de lui pour le remercié de l'avoir fait courir aussi bien,
d'avoir pu courir mutuellement et solidairement et d'avoir poussé l'un et l'autre vers ses propres performances
chronométriques.

En cette belle journée d'été, le dernier clin d'oeil arrive, un homme chétif âgè de 79 ans qui franchi la ligne
d'arrivée.

Il comprend alors qu'il n'est as encore au bout de la maitrise et du sens de la course à pied...cette sorte de
chaman qui est devant lui démontre qu'il y a encore et toujours des limites à franchir.



ff03b12c3380a3c121fedc83929eb12f.jpg

Commentaires

Il y a encore et toujours des limites à franchir... C'est là tout la grandeur de la cap.

Ecrit par : AirV | 30.07.2007